DANS LES BOIS (IV)

Publié le par Vincent Leclair

 

IV

 

Le trio flanqué de trois mules se mit en route un lundi. Jacques portait à la ceinture le pistolet qu'on lui avait confié et le coutelas. Félix et Erwin portaient le même pistolet à la ceinture, mais ils s'étaient réservés chacun un bon mousquet anglais. Les bêtes de somme transportaient les vivres, des marchandises pour le troc comme ces arquebuses, ou ces petites marmites noires et cet énorme paquet de couvertures de laine multicolores. Le périple devait les rapatrier cinq mois plus tard à Montréal, sous le soleil d'août ou de septembre, surchargés de peaux de martre, loutre, vison, lynx et hermine.

Pour atteindre le pays d'en haut, le convoi allait progresser au moins une semaine dans les bois avant de récupérer les deux canoës de Félix dans un campement iroquois. Un mois de canot était ensuite nécessaire avant de découvrir les rives du lac Huron et d'entamer les premières négociations. Il gelait encore durement chaque nuit. Les pieds de Jacques emmitouflés dans des bas de laine que recouvraient ses mocassins subissaient un martyr. Ils avaient pris une teinte d'un vert-bleuté, ce qui l'inquiétait fort. Les journées étaient plus clémentes, tant que le vent de nord-ouest ne se levait pas. Mais ces interminables heures minées par des progressions incertaines confortaient Ernest qui ne cessait de jurer et de grommeler que le « gamin » les ralentissait, qu'il n'avait pas sa place dans les bois. Jacques fermait la marche et avançait à grande peine dans le monde blanc et silencieux des érables et des aulnes dénudés. Le cinquième soir au bivouac au bord d'une mince rivière, Jacques questionna ses deux compagnons sur leur attitude à son égard.

  • Vous allez m'en vouloir longtemps encore ?

    Pas un ne répondit. Jacques enchaîna.

  • Vous ne croyez pas qu'on a assez à faire avec cette marche qui ne finit pas et ce froid ?

  • T'es pas rendu au bout mon p'tit, songea Ernest en adressant un sourire narquois à son copain. On va pas te mentir, osa Ernest. Faut pas que tu te plaignes sans cesse, faut pas que tu nous ralentisses à chaque instant non plus. Demain, nous commencerons à longer cette rivière. Elle nous mènera jusqu'aux canoës d'ici deux jours. Sur ce, bonne nuit conclut le chef de l'expédition en rabattant son bonnet de laine sur son visage barbu.

    Comme chaque nuit, il y avait toujours un tour de garde. Le premier revint à Jacques.

 

 

PavIncepiX

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